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Le Maroc dans le collimateur des fake news makers

Le Maroc dans le collimateur des fake news makers

« Fake news », « fausses informations », « faits alternatifs »… Des expressions partout en vogue depuis 2016. Ces contrefaits ont toujours existé et existeront. Qu’il s’agisse de la plus grande puissance au monde ou d’un tout petit pays d’Afrique, aucun Etat ne semble aujourd’hui être épargné par cette vague alimentée par l’expansion digitale et ses aléas. Le Maroc n’y échappe pas, non plus.

Depuis plusieurs mois déjà, la réputation du Maroc est affectée par la propagation de fausses informations. Des images de manifestations au Venezuela diffusées comme étant celles du « Hirak d’El Hoceïma », l’annonce de la mort du Souverain peu de temps après l’intervention chirurgicale qu’il a subie à Paris, le Maroc est dans le viseur des médias étrangers (sites électroniques ou supports audiovisuels) et réseaux sociaux. Une situation bien lourde sur fonds diplomatique et politique, puisque le Royaume prépare son adhésion à la CEDEAO, est candidat pour le Mondial 2026 et est, plus que jamais, au centre de l’éternel dossier du Sahara.

Mésinformation, désinformation ?

Juillet 2017, alors que les tensions se creusent entre les autorités marocaines et les manifestants de la région orientale d’El Hoceïma, la chaîne France 24 diffuse de fausses images, comme provenant du Maroc, montrant la répression policière avec gaz lacrymogène et bastonnades au Venezuela.  Outré par ce manquement à l’éthique et à la déontologie journalistiques, le ministère de la communication et de la culture marocain adresse sans tarder une lettre au groupe France Médias Monde dans laquelle il souligne « l’indignation » des Marocains. La présidente du groupe Marie-Christine Saragosse intervient personnellement pour amener les responsables à s’excuser. Ces derniers affirment avoir diffusé « par erreur » [défaillance technique] les images du Venezuela pour illustrer le sujet d’El Hoceïma. Une incompétence relevant, si l’on en croit les fauteurs, de la mésinformation.

Quelques mois après , France 24 arabophone, réserve, en février 2018, un traitement tendancieux à l’affaire Taoufik Bouachrine (journaliste marocain détenu par les autorités pour harcèlement sexuel, viol et autres chefs d’accusations). Cette fois-ci, les programmes proposés par la chaîne (Wajh li Wajh – Face à face et Mountada Assahafa – Forum de la presse) proposent la couverture médiatique de l’affaire sous forme de débat orienté sciemment vers des conclusions diffamatoires à l’égard du Maroc et ses institutions : le principe d’équilibre de l’information oublié et le parti-pris prenant le dessus. Une analyse parcellaire et subjective. Dans ces cas, de la désinformation est avérée.

 

Dans le même registre, certains sites électroniques espagnols (probablement pro-Polisario) ont propagé, début mars,  la nouvelle de la mort du roi Mohammed VI, s’appuyant sur l’opération subie par le monarque à Paris et son absence du Maroc. Une rumeur qualifiée « d’indécente » par les médias marocains, profitant au Front Polisario à court d’arguments pour déstabiliser sa « Némésis » sur le dossier du Sahara (zone contestée sur son appartenance territoriale). Le 12 mars 2018, le journal français Le Monde relaye une vidéo qualifiant le Sahara de région occupée et donnant la parole à un activiste affirmant que « Le Sahara est la dernière colonie d’Afrique ».

Le dérapage des médias étrangers se poursuit dans la couverture des événements récents de Jerada. Cette ancienne ville minière au Nord-Est marocain, connaît  depuis décembre 2017, une escalade de mouvements protestataires, où s’affrontent la population locale et les autorités. L’exploitation journalistique s’y rattachant s’est focalisée sur des bribes d’informations fournissant uniquement une partie de l’explication.  Ajouté à cela, des images manipulées, largement partagées sur les réseaux sociaux, mettant en scène des violences policières à l’égard de manifestants : l’Etat usant et abusant de sa coercition.

La presse, au même titre que les réseaux sociaux, est aujourd’hui -plus que jamais- la caisse de résonance de détracteurs s’attaquant directement aux fondements du Maroc : son souverain et son intégrité territoriale. A l’heure où le Maroc aspire à se positionner comme « leader » de l’Afrique  sur la scène internationale, certains tentent de ternir, à travers une stratégie bien ciblée,  l’image du pays dont l’histoire a toujours prouvé l’unicité autour de son monarque, particulièrement pendant les grandes épreuves.

Projet de loi pour contrer les « fake news »

Le partage d’informations gagne de plus en plus de terrain sur Internet et ses plateformes digitales, jusqu’en devenir le champ de prédilection. Les réseaux sociaux offrent, de fait, un espace où tout un chacun se proclame juge et partie. Or, lorsque l’information touche à la chose politique et la gestion des affaires publiques, l’acteur primaire (le gouvernement) se doit de contrôler le faux du vrai et rétorquer.

En Janvier 2018, le ministère marocain de la communication et de la culture  a annoncé l’élaboration d’une législation relative à l’information pour contrer, au mieux, la diffusion de fausses informations. Les avis sont pourtant partagés parmi les concernés, dans la mesure où certaines parties jugent cette loi « inutile » puisque le Code de la Presse, à travers ses articles 72, 106 et 108, est suffisant. L’objet de ce projet de loi est d ‘étendre les sanctions, au-delà des professionnels (journalistes), à « toute personne produisant délibérément de fausses informations ».  Une grande partie du corps journalistique reste circonspecte quant à la finalité de ce projet, qui pourrait selon elle, freiner la démocratie.

De l’importance  de la communication

Avouons-le, peu d’étrangers sont réellement familiers avec le Maroc et les affaires qui le concernent. La perception du pays reste souvent, et malheureusement, teintée de stéréotypes avilissants. L’opinion internationale n’est pour autant pas à blâmer, puisque le pays laisse sa réputation médiatique à la merci de ceux qui le décrivent. Il n’en demeure pas moins qu’elle relève d’un enjeu capital quant au chemin que veut se frayer le Maroc pour les décennies à venir.

Une étude réalisée en 2017 par des professeurs de George Washington University, Ohio State University et Cato Institute, a démontré la capacité des personnes à accepter les rectifications faites après la propagation de fausses informations. C’est dire que ce n’est jamais cause perdue. Encore, faudrait-il, que l’Etat marocain place la veille médiatique dans la liste de ses priorités. D’où la nécessité d’avoir des communicants hautement formés et dédiés à contrer les tentatives de manipulations médiatiques de manière rigoureuse et réactive, voire proactive.