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LE PACTE MONDIAL SUR LES MIGRATIONS À MARRAKECH: NON CONTRAIGNANT MAIS SOUS TENSION

LE PACTE MONDIAL SUR LES MIGRATIONS À MARRAKECH: NON CONTRAIGNANT MAIS SOUS TENSION

Objet de tous les fantasmes complotistes sur les réseaux sociaux, le pacte mondial sur les migrations a été formellement approuvé par 150 Etats lundi 10 décembre 2019 à Marrakech. CE texte qui juridiquement n’est pas contraignant a suscité de nombreuses polémiques et d’âpres débats politiques dans plusieurs pays. Le document doit encore faire l’objet d’un ultime vote de ratification, le 19 décembre à l’Assemblée générale des Nations unies à New York.

Ce pacte initié par l’instance onusienne s’est donné pour objectif de renforcer la coopération internationale sur cette question brûlante, alors que le nombre de réfugiés et de déplacés internes suite aux conflits a atteint en 2017 un nouveau record, avec 68,5 millions de migrants dans le monde.

Une quinzaine de pays opposés

Le sujet déchaîne les passions. Une quinzaine de pays qui avaient approuvé le texte le 13 juillet à New York ont fait marche arrière. L’Autriche, l’Australie, le Chili, la République tchèque, la République dominicaine, la Hongrie, la Lettonie, la Pologne et la Slovaquie ont refusé de signer le document. D’autres pays comme la Bulgarie, l’Estonie, Israël, l’Italie, la Slovénie et la Suisse ont décidé de reporter leur décision, le temps de consultations internes.

En décembre 2017, les Etats-Unis ont été les premiers à se rétracter du pacte. Le président américain s’est opposé au texte, le jugeant contraire à sa politique d’immigration et à son rejet de toute forme de « gouvernance mondiale ».

En Belgique, la décision du Premier ministre Charles Michel de se rendre à Marrakech avait fait exploser sa coalition gouvernementale avec le parti flamand N-VA, dimanche 9décembre.

Le même jour, des échauffourées ont éclaté à Ottawa (Canada), opposant des groupes pro-immigration et des militants d’extrême droite opposés à l’adhésion au texte. 

En France, le pacte sur les migrations suscite beaucoup de peurs parmi les gilets jaunes. Propices à des opérations de désinformation, Facebook et les autres réseaux sociaux ont propagé de nombreuses « fake news » sur le sujet.  Comme ces messages très partagés qui promettent à la France un « chaos total » et l’arrivée de millions de migrants si le pacte de l’ONU est adopté.

Les craintes exprimées par les gilets jaunes ont été attisées par plusieurs responsables politiques de l’opposition, comme Marine Le Pen. Plusieurs responsables du parti Les Républicains ont également violemment critiqué le texte signé par la France.

Ce sont donc souvent les forces de droite populiste, d’extrême droite, souverainistes ou nationalistes qui ont réussi, en étant au pouvoir ou en tant qu’opposition parlementaire, à faire reculer les Etats. Elles utilisent avec récurrence les arguments de la perte de souveraineté, de l’insécurité, et de la préférence nationale. Et ce même si le «pacte de Marrakech» n’est –rappelons-le- juridiquement pas contraignant.

Kenza Lazrak