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Benkirane à l’ESJC «El Omari est maladroit et dangereux»

Benkirane à l’ESJC «El Omari est maladroit et dangereux»
  • Il l’a accusé de «semer la zizanie»
  • Mais laisse la porte ouverte à une potentielle alliance après les élections
  • Renouvellement de la ligne de précaution du FMI en vue

Une journée après la relance du dialogue social, Abdelilah Benkirane était l’invité des étudiants de l’Ecole supérieure de journalisme et de communication (ESJC). Le chef du gouvernement a assuré que les discussions avec les syndicats se déroulent dans un climat positif. «Nous cherchons un consensus autour de certains points, et nous prévoyons d’annoncer des décisions d’ici fin avril», a-t-il avancé. Jusqu’à maintenant, le gouvernement et les centrales syndicales ont fait preuve d’une profonde divergence sur la conception de la réforme des retraites, qui constitue l’un des principaux points à l’ordre du jour.
Benkirane a reconnu que «certes, c’est une réforme douloureuse, mais indispensable, afin d’éviter la paralysie du système dans quelques années». Il a rappelé que plus de 10 milliards de DH ont été consommés ces trois dernières années sur les réserves des caisses. Au moment où les étudiants de l’ESJC l’interpellaient sur ces questions sociales, le chef du gouvernement a dû suspendre son intervention pour répondre à un appel urgent. A son retour, il assure que le dossier des enseignants stagiaires, dont une manifestation a été interdite suite à la publication d’un communiqué de la primature, pouvait être clos hier. «Nous allons voir comment cela va se dérouler», a-t-il dit, sans dévoiler plus de détails. Il faut dire que le chef du gouvernement se retrouve depuis quelques mois face à une montée des protestations sociales. Etudiants en médecine, infirmiers, syndicats et enseignants stagiaires… les mouvements de grogne se sont multipliés. Benkirane refusait toute médiation, que ce soit de l’opposition ou de ses propres ministres. La polémique autour de «la réponse technique» de Mohamed Boussaid à une correspondance des groupes parlementaires de deux partis de l’opposition a fait tanguer la majorité.

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Pour le final, un selfie avec le chef du gouvernement (Ph. F. Alnasser)

Surtout que le PAM s’est greffé au débat autour des protestations des enseignants stagiaires.
L’hostilité entre le PJD et le parti d’Ilyass El Omari est un secret de polichinelle. Benkirane insiste sur le fait que «toute alliance avec le PAM est impossible actuellement». Mais seulement actuellement! Car, «personne ne peut prévoir ce qui pourrait se passer à l’avenir», a-t-il tempéré. Ce qui laisse la porte ouverte à une potentielle alliance avec le PAM, l’un des grands favoris lors du scrutin du 7 octobre prochain. «Si ce parti révise ses positions», a-t-il précisé.  D’ici là, la bataille entre les deux formations risque d’être acharnée, à l’approche de la campagne électorale. Surtout que Benkirane a El Omari dans le viseur. Il l’a clairement accusé de «semer la zizanie, notamment sur des dossiers comme celui d’Amendis à Tanger ou de la légalisation du cannabis». Pour lui, ces déclarations «sont maladroites et dangereuses». Dans cette lutte contre la percée du PAM dans les résultats électoraux, Benkirane n’hésite pas à pousser le bouchon, au risque de porter un coup à la crédibilité de l’opération électorale. Il a évoqué les cas de certaines régions où son parti a perdu la course face au PAM, notamment à Beni Mellal, où les élus du MP, l’une des formations de la majorité, ont voté pour le candidat pamiste. Pour lui, «ces personnes ont dû faire l’objet de pressions, ou ont vendu leurs votes».
La polémique autour de l’affaire des enseignants stagiaires a eu des répercussions négatives sur la cohésion de la majorité. Au point que Abdelilah Benkirane a dû appeler à une réunion d’urgence pour essayer de «cicatriser la plaie» (cf.www.leconomiste.com). Aujourd’hui, il assure que les relations sont «cordiales, avec le RNI et son président, en dépit de certains coups de gueule». Sur la précédente affaire du fonds de développement rural, le chef du gouvernement a reconnu son «erreur». «Le problème est dû au fait que ni moi, ni mon staff, n’avons bien examiné le texte avant son adoption au Conseil du gouvernement». Surtout que «ce fonds était déjà géré par Aziz Akhannouch, à qui j’avais délégué cette mission», a-t-il expliqué.
Sur le volet économique, Abdelilah Benkirane a avancé que «le processus de décompensation a permis de dégager de nouvelles ressources, après une période d’étouffement où nous avions dû avoir recours à l’endettement pour pouvoir payer les salaires des fonctionnaires». Aujourd’hui, au-delà de ces mesures, les prévisions de croissance économique restent en deçà du niveau nécessaire pour assurer la relance et favoriser la résorption du chômage. Les prévisions de Bank Al-Maghrib tablent sur un taux ne dépassant pas 1% pour cette année. Benkirane préfère plutôt prendre en considération les prévisions plus positives, formulées récemment par le FMI, soit un taux de 2,3%. Et se dit optimiste, puisque «même avec 1%, nous restons dans la moyenne mondiale». Il a annoncé également que Rabat s’apprête à renouveler la ligne de précaution accordée depuis quelques années par l’institution de Bretton-woods.

Vers un 3e mandat au PJD?

Abdelilah Benkirane briguera-t-il un 3e mandat à la tête du PJD? Il ne donne pas une réponse tranchée. S’il avance qu’il «n’est pas préoccupé par cette question», il laisse entendre que «le parti ne dispose pas d’un autre candidat pour la conduite du gouvernement si le PJD arrive à remporter les élections». Pour l’instant, les pjdistes semblent divisés sur cette question. Une chose est sûre: «le parti connaîtra une nouvelle vie après le mandat Benkirane», a-t-il estimé. Son omniprésence a abouti à une «personnification du parti», selon les reproches de certains membres du PJD. Pour lui, des militants de cette formation «n’ont pas encore suffisamment assimilé son style». Il n’a pas hésité à indiquer que «les déclarations de certains d’entre eux causent une certaine gêne. Surtout quand ils ont des positions divergentes sur des dossiers importants». Pour lui, «c’est dû à la culture du parti, qui garantit la liberté d’expression». Au point de «créer la cacophonie», à l’image des déclarations du tonitruant Abdelaziz Aftati, qualifié par Benkirane de «personne particulière».

Comité d’organisation

Abdelilah Benkirane était l’invité des étudiants de 1ère et 2e année de l’ESJC, filière arabophone. Le comité d’organisation a pris en charge tous les aspects de préparation de cet événement. Il faut dire que ces étudiants ont l’habitude d’inviter de grandes personnalités politiques, à l’image de Nabila Mounib, SG du PSU, Ahmed Assid, militant amazigh très remuant, ou encore Karim Ghellab et Driss Benhima. Le débat a été dirigé par quatre étudiants de 1ère et 2e année, à savoir Maha Hida, Anas Benchekroun, Saoussane Ahnouss et Ali Chayb. Ils ont été épaulés par leurs collègues Chaïmaa Bouamam et Ikram Chahib. Rappelons que l’Ecole supérieure de journalisme et de communication, du groupe Eco-médias, a été créée en 2008. L’objectif est de répondre au besoin du marché en professionnels du journalisme et de la communication.

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Verbatim

■ «Même si je suis diplômé en physique, j’étais plus à l’aise avec les mathématiques. Les formules physiques me donnaient le tournis»

■  «Nous avons besoin de poètes et de philosophes, mais surtout de personnes qui créent la richesse».

Par Mohamed Ali Mrabi